| Bastide
sera donc étudiant à Bordeaux à la
rentrée de 1919 et obtiendra sa licence en 1923.
Il devient alors professeur de sociologie après avoir
préparé l'agrégation.
En 1937 il est nommé à Versailles,et en 1938
G. Dumas, lui propose un poste de professeur de sociologie
à l'Université de São Paulo et y remplace
C. Lévi-Strauss.
L'Aventure tant espérée se présente.
Le premier texte de Bastide au Brésil, "Méditations
brésiliennes sur un marché de São Paulo",
montre l'étonnement de Bastide devant un tel mélange
de races et "leurs appels du pays quitté".
Les préoccupations acculturatives de R. Bastide,
et leurs rapports avec les Dieux, trouvent ici un terrain
de prédilection.
Au début
de 1944 (19 janvier-28 février) Bastide effectue
un voyage d'étude dans le Nordeste, évènement
capital dans l'évolution de l'anthropologue. Certes
il connait déjà l'existence des Macumba paulistes,
mais à Bahia, coupé de son milieu habituel
de travail et de relations sociales, il va sauter le pas
et connaître de l'intérieur le Candomblé,
même si son initiation ne date pas de ce premier contact.
La pensée de R. Bastide gagne en profondeur, le lien
s'établit entre le mysticisme,
En
1946 il rencontre pour lapremière fois celui avec
qui il restera un ami et un collaborateur fidèle,
Pierre verger.
En 1948 Bastide fait un voyage dans le Sud du Brésil,
en Uruguay et en Argentine.
Et dès
1950 les premières atteintes de surdité se
manifestent. Encore deux livres en 1950 et 1951, un nouveau
voyage dans le Nordeste en juillet 1951, au cours duquel
Bastide est initié au Candomblé sous le signe
de Shango, et Bastide envisage son retour en France. Un
poste de directeur d'études à l'École
Pratique des Hautes Études lui est proposé
par lucien febvre. R. Bastide ne quittera pas définitivement
le Brésil, il décide d'enseigner durant l'hiver
en France et de continuer son activité au Brésil
durant les vacances universitaires françaises. Il
reçoit le titre de Docteur Honoris Causa de l'Université
de São Paulo.
Fin novembre
R. Bastide rentre en France. g. gurvitch lui conseille de
préparer une thèse. et en 1952, il entre à
l'UNESCO
Entre
1952 et 1954 R. Bastide enseigne à Paris de novembre
à juin et à São Paulo de juin à
novembre. L'UNESCO le charge d'une recherche sur les étudiants
africains en France, qu'il réalisera avec l'aide
de P. Verger.
Il traduit Maîtres et esclaves de G. Freyre.
En 1953 il reçoit la Légion d'honneur.
En novembre 1954, c'est le retour définitif en France
; mais les ponts ne sont pas coupés avec le Brésil
et en1954, il reçoit à l'ambassade du Brésil
à Paris le titre de Commandeur de l'ordre du Cruzeiro
do Sul.
Après
avoir parlé de la France au Brésil, Bastide
va parler du Brésil en France. Il n'est guère
de congrès sur l'Amérique latine, de livres
sur le Brésil, qui ne comporte la présence
de R. Bastide.
De plus Bastide prépare sa thèse. Et les deux
ouvrages qui en résulteront sont des monuments :
"Le Candomblé de Bahia" et "Les religions
africaines au Brésil".
En 1957 R. Bastide
présente ses 2 thèses. Pour la grande thèse,
"Les religions afro-brésiliennes", il reçoit
les félicitations du jury.
En 1958 le nouveau
Docteur es lettres se voit confier une chaire d'Ethnologie
sociale et religieuse en Sorbonne. Il est chargé
de cours de Licence en Ethnologie générale
et en Histoire des religions, qui se déroulent au
Musée de l'Homme.
En 1965 R. Bastide devient Directeur du Laboratoire de sociologie
de la connaissance.
1968 est l'année de sa retraite.
Le 2 janvier 1974, R. Bastide est hospitalisé à
La Salpétrière pour une paralysie des membres
inférieurs. Il est ensuite transféré
dans une clinique de Maison-Lafitte où il décède
le 10 avril. Une cérémonie funéraire
a lieu, avec la participation d'un orchestre brésilien.
L'enterrement aura lieu à Anduze le 16 avril, après
une cérémonie protestante.
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Dans
"Image du nordeste mytique en noir et blanc",
il écrit :
"Les
rappports de police, pendant l'empire, sont pleins
des hauts faits des capoeiras, des malandrins et des
mauvais garçons qui en bandes, parcouraient
les rues de la capitale pour attaquer, voler et tuer.
Souvent même, un personnage important, baron
ou sénateur, envoyait un de ces quadrilles
contre quelque adversaire électoral dont il
voulait se délivrer.
Mais
le jeu des couteaux se transformait en danse, les
corps se cherchaient, se repoussaient, s'unissaient,
en une étreinte mortelle, selon le rythme musical
des muscles souples, qui au cours de la lutte, ouvraient
peu a peu de grandes fleurs de sang.
j'ai
vu beaucoup de danses de nègres, des danses
voluptueuses et des danses mystiques, mais je préfère
le rythme rapide, l'agilité déconcertante
des capoeira s de Bahia, à l'étreinte
amoureuse des corps qui se cherchent. les couteaux
maintenant se rouillent, l"ébène
des corps juveniles ne fleurit plus en étoiles
de pourpre, mais la danse continue , et avec elle
la joie de la lutte.
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Les
hommes s'empoignent et d'un coup brusque, le corps de l'adversaire
est lancé par-dessus tête, forme pour un grand
moment une grande roue qui tourne au rythme du berimbau.
les hommes se baissent, dansent sur leur jambes repliés,
se transforment en sombres Cosaques, se cherchent, se repoussent,
cabriolent, sautent , rapides comme des poignards de chair
dure et noire : sauts mortels, coup du lapin, demi-lune,
queue de poisson, crocs en jambe se succèdent, jusqu'a
ce que le chant se termine, et que la musique s'arrête;
l'adversaire s'éloigne à pas lents, le vainqueur
sourit.
C'est
de cette manière que se fait la lutte dans cette
civilisation africaine qui a su transformer l'assassinat
d'autrefois en une danse combattante.
A
Recife, les capoeiras avaient coutume de marcher en tête
de la musique militaire, les jours de fête. Ils dansaient
au son martial des clairons, marquant le pas, tournoyant
sur eux-mêmes dans le tintamarre des cuivres, au milieu
de l'éblouissement métalique des cymbales,
les uns devant le Quarto, les autres devant l'Espanha, jusqu'a
ce que les 2 bandes se rencontrent à un coin de rue;
les brabos sautaient alors les uns sur les autres, au mileu
des cris, des injures, des gémissements des bléssés
qui arrivaient à couvrir le vacarme joyeux des trompettes
:
Ne
viens pas
Chapeau de Bois
Il est parti
Il est tombé
Il est mort
il pue
Il
n'est pas besoin de chercher en d'autres lieux les origines
du frevo pernamboucain"
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