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Roger Bastide

Atropologue et sociologue - 1898-1974.

Fils d'intituteurs, Roger Bastide est né le 1er avril 1898 à Nîmes. Après l'école primaire, il poursuit ses études au lycée de Nîmes de 1908 à 1915, et obtient une bourse d'études en 1915 pour préparer l'École Normale Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux.

Pendant la guerre en 1916, il interrompt ses études et par faire son service militaire à Valence et profite de la proximité de Grenoble pour préparer une Licence de Philosophie. En 1917 il part au front comme télégraphiste. Après la guerre, en 1919, il profite des sessions spéciales courtes de préparation à l'École Normale Supérieure, destinées aux soldats démobilisés à Strasbourg. Il échoue à une place près et, de fait, obtient une Bourse de Licence pour l'Université de Bordeaux.





Rugendas 
Debret 
Kalixto 
Pierre "Fatumbi" Verger 
Carybé 
Jorge Amado 
Roger Bastide 

Bastide sera donc étudiant à Bordeaux à la rentrée de 1919 et obtiendra sa licence en 1923. Il devient alors professeur de sociologie après avoir préparé l'agrégation.
En 1937 il est nommé à Versailles,et en 1938 G. Dumas, lui propose un poste de professeur de sociologie à l'Université de São Paulo et y remplace C. Lévi-Strauss.
L'Aventure tant espérée se présente. Le premier texte de Bastide au Brésil, "Méditations brésiliennes sur un marché de São Paulo", montre l'étonnement de Bastide devant un tel mélange de races et "leurs appels du pays quitté". Les préoccupations acculturatives de R. Bastide, et leurs rapports avec les Dieux, trouvent ici un terrain de prédilection.

Au début de 1944 (19 janvier-28 février) Bastide effectue un voyage d'étude dans le Nordeste, évènement capital dans l'évolution de l'anthropologue. Certes il connait déjà l'existence des Macumba paulistes, mais à Bahia, coupé de son milieu habituel de travail et de relations sociales, il va sauter le pas et connaître de l'intérieur le Candomblé, même si son initiation ne date pas de ce premier contact. La pensée de R. Bastide gagne en profondeur, le lien s'établit entre le mysticisme,

En 1946 il rencontre pour lapremière fois celui avec qui il restera un ami et un collaborateur fidèle, Pierre verger.

En 1948 Bastide fait un voyage dans le Sud du Brésil, en Uruguay et en Argentine.

Et dès 1950 les premières atteintes de surdité se manifestent. Encore deux livres en 1950 et 1951, un nouveau voyage dans le Nordeste en juillet 1951, au cours duquel Bastide est initié au Candomblé sous le signe de Shango, et Bastide envisage son retour en France. Un poste de directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études lui est proposé par lucien febvre. R. Bastide ne quittera pas définitivement le Brésil, il décide d'enseigner durant l'hiver en France et de continuer son activité au Brésil durant les vacances universitaires françaises. Il reçoit le titre de Docteur Honoris Causa de l'Université de São Paulo.

Fin novembre R. Bastide rentre en France. g. gurvitch lui conseille de préparer une thèse. et en 1952, il entre à l'UNESCO

Entre 1952 et 1954 R. Bastide enseigne à Paris de novembre à juin et à São Paulo de juin à novembre. L'UNESCO le charge d'une recherche sur les étudiants africains en France, qu'il réalisera avec l'aide de P. Verger.
Il traduit Maîtres et esclaves de G. Freyre.

En 1953 il reçoit la Légion d'honneur.

En novembre 1954, c'est le retour définitif en France ; mais les ponts ne sont pas coupés avec le Brésil et en1954, il reçoit à l'ambassade du Brésil à Paris le titre de Commandeur de l'ordre du Cruzeiro do Sul.

Après avoir parlé de la France au Brésil, Bastide va parler du Brésil en France. Il n'est guère de congrès sur l'Amérique latine, de livres sur le Brésil, qui ne comporte la présence de R. Bastide.

De plus Bastide prépare sa thèse. Et les deux ouvrages qui en résulteront sont des monuments : "Le Candomblé de Bahia" et "Les religions africaines au Brésil".

En 1957 R. Bastide présente ses 2 thèses. Pour la grande thèse, "Les religions afro-brésiliennes", il reçoit les félicitations du jury.

En 1958 le nouveau Docteur es lettres se voit confier une chaire d'Ethnologie sociale et religieuse en Sorbonne. Il est chargé de cours de Licence en Ethnologie générale et en Histoire des religions, qui se déroulent au Musée de l'Homme.


En 1965 R. Bastide devient Directeur du Laboratoire de sociologie de la connaissance.

1968 est l'année de sa retraite.

Le 2 janvier 1974, R. Bastide est hospitalisé à La Salpétrière pour une paralysie des membres inférieurs. Il est ensuite transféré dans une clinique de Maison-Lafitte où il décède le 10 avril. Une cérémonie funéraire a lieu, avec la participation d'un orchestre brésilien. L'enterrement aura lieu à Anduze le 16 avril, après une cérémonie protestante.

Dans "Image du nordeste mytique en noir et blanc", il écrit :

"Les rappports de police, pendant l'empire, sont pleins des hauts faits des capoeiras, des malandrins et des mauvais garçons qui en bandes, parcouraient les rues de la capitale pour attaquer, voler et tuer. Souvent même, un personnage important, baron ou sénateur, envoyait un de ces quadrilles contre quelque adversaire électoral dont il voulait se délivrer.

Mais le jeu des couteaux se transformait en danse, les corps se cherchaient, se repoussaient, s'unissaient, en une étreinte mortelle, selon le rythme musical des muscles souples, qui au cours de la lutte, ouvraient peu a peu de grandes fleurs de sang.

j'ai vu beaucoup de danses de nègres, des danses voluptueuses et des danses mystiques, mais je préfère le rythme rapide, l'agilité déconcertante des capoeira s de Bahia, à l'étreinte amoureuse des corps qui se cherchent. les couteaux maintenant se rouillent, l"ébène des corps juveniles ne fleurit plus en étoiles de pourpre, mais la danse continue , et avec elle la joie de la lutte.

Les hommes s'empoignent et d'un coup brusque, le corps de l'adversaire est lancé par-dessus tête, forme pour un grand moment une grande roue qui tourne au rythme du berimbau. les hommes se baissent, dansent sur leur jambes repliés, se transforment en sombres Cosaques, se cherchent, se repoussent, cabriolent, sautent , rapides comme des poignards de chair dure et noire : sauts mortels, coup du lapin, demi-lune, queue de poisson, crocs en jambe se succèdent, jusqu'a ce que le chant se termine, et que la musique s'arrête; l'adversaire s'éloigne à pas lents, le vainqueur sourit.

C'est de cette manière que se fait la lutte dans cette civilisation africaine qui a su transformer l'assassinat d'autrefois en une danse combattante.

A Recife, les capoeiras avaient coutume de marcher en tête de la musique militaire, les jours de fête. Ils dansaient au son martial des clairons, marquant le pas, tournoyant sur eux-mêmes dans le tintamarre des cuivres, au milieu de l'éblouissement métalique des cymbales, les uns devant le Quarto, les autres devant l'Espanha, jusqu'a ce que les 2 bandes se rencontrent à un coin de rue; les brabos sautaient alors les uns sur les autres, au mileu des cris, des injures, des gémissements des bléssés qui arrivaient à couvrir le vacarme joyeux des trompettes :

Ne viens pas
Chapeau de Bois
Il est parti
Il est tombé
Il est mort
il pue

Il n'est pas besoin de chercher en d'autres lieux les origines du frevo pernamboucain"